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Retour sur le MiXiT 2026

Mixit-Lyon-2026

Sommaire

  1. L’intelligence artificielle générale n’aura pas lieu
  2. Avatars, avatrices : cassons les codes !
  3. Les gardiens du prompt
  4. Le vrai coût d’un token
  5. Les 25 ans de Wikipédia
  6. Parlons entretiens techniques
  7. No manager, no meetings, no problems… or almost

Cette année MiXiT a eu lieu du 16 au 17 avril 2026 à Lyon. Cette édition a confirmé une impression que beaucoup partagent déjà : la tech n’est plus seulement une affaire d’outils, mais de choix sociétaux, organisationnels et écologiques.

Sur scène, un fil rouge est revenu souvent : la maturité technique ne suffit plus. Il faut aussi de la lucidité sur les récits, de la rigueur sur la sécurité, de la sobriété sur les usages et des modes de collaboration qui tiennent dans la durée.

Présent lors de cette édition en tant que participant et speaker, Thibaut Cantet, Technical Leader en Software Engineering chez Néosoft, revient sur les conférences qui l’ont marqué.

Pour la première keynote de la conférence, Thibault Prévot a fait une intervention marquante pour commencer : un regard techno-critique sur la promesse d’AGI (Artificial General Intelligence). L’idée forte n’est pas de nier les progrès de l’IA, mais de rappeler l’écart entre le discours marketing dès son origine et la réalité qui peut parfois être cachée.

Ce que je retiens :

  • L’AGI fonctionne aussi comme un récit politique et économique : elle attire des financements, de l’attention médiatique et du pouvoir.
  • Les mythes fondateurs de l’IA (machine = intelligence humaine) reposent sur des postulats discutables.
  • La rhétorique de la « super-intelligence » est souvent portée par des acteurs intéressés, parfois au prix d’amalgames pseudo-scientifiques.
  • Aucune technique n’est neutre : les systèmes reflètent des rapports de force, de domination, des biais et des visions du monde parfois suprémacistes.

Message central : avant de demander « à quand l’AGI ? », il faut demander qui raconte cette histoire, dans quel but et pour qui.

Avatars, avatrices : cassons les codes !

Cette conférence de Fanny Lignon retrace l’évolution de la représentation des genres dans le jeu vidéo, des stéréotypes les plus ancrés aux ouvertures plus récentes.

Points clés :

  • Historiquement, les personnages féminins sont moins nombreux, souvent sexualisés, et fréquemment placés dans des rôles passifs, non jouables.
  • En utilisant plusieurs licences iconiques (Mario, Street Fighter, Tomb Raider), Fanny montre comment les normes de genre se sont construites dans le gameplay comme dans le design.
  • Heureusement les représentations progressent : personnages plus nuancés, corps plus réalistes, écriture plus psychologique.
  • Côté LGBTQ+, il y a des avancées, mais encore très limitées, la plupart du temps concentrées dans des profils très spécifiques.

Le point important n’est pas seulement la « présence » de personnages féminins, mais leur place : ont-elles une vraie place, des choix, une complexité ou ne sont-elles qu’une représentation stéréotypée ?

Les gardiens du prompt

Retour d’expérience de Loïc Gaudet et Philippe Laumay très concret sur la sécurisation d’applications GenAI en production.

Risques rappelés :

  • Réputationnels : sorties absurdes ou nuisibles de l’IA
  • Financiers : abus d’outils, actions non prévues, hacking
  • Humains : conseils dangereux dans des contextes sensibles comme la santé

Attaques mises en avant (OWASP LLM Top 10) :

  • System prompt leakage
  • Prompt injection
  • Excessive agency

Bonnes pratiques actionnables :

  • Appliquer une logique zero-trust : tout input est potentiellement hostile
  • Cloisonner strictement les outils et limiter les privilèges
  • Encadrer les appels (taille, type, timeout, rate limit)
  • Ajouter observabilité + guardrails (règles, classifiers, « LLM as judge »)

Conclusion : une app GenAI n’est pas « juste un prompt ». C’est un système sociotechnique à gouverner.

Le vrai coût d’un token

Cette session de Pietro Mele et Benjamin Dauvissat remet l’impact environnemental au centre de la discussion autour de l’IA.

Ce qu’il faut retenir :

  • Le coût d’un token ne se limite pas au prix d’un appel : il inclut de l’énergie, de l’eau et de l’extraction de ressources.
  • L’entrainement est très énergivore, mais l’inférence à grande échelle devient elle aussi massive, surtout quand ce sont des millions d’appels par jour qui sont réalisés.
  • Tous les modèles ne se valent pas : l’écart de coût peut être énorme selon les usages.
  • L’effet rebond (paradoxe de Jevons) peut annuler une partie des gains d’efficacité.

Pistes pragmatiques :

  • Réduire et mieux structurer les prompts
  • Utiliser cache (dont sémantique)
  • Choisir la bonne taille de modelé
  • Réutiliser intelligemment des entrainements existants.

En bref : optimiser un prompt, c’est aussi faire un choix d’impact.

Les 25 ans de Wikipedia

Cette rétrospective de Wikimédia France montre Wikipédia comme un commun numérique majeur, mais sous pression.

Points marquants :

  • Wikipedia conserve une audience et confiance élevées, avec un rôle critique dans l’accès à l’information.
  • L’IA générative fragilise l’écosystème de Wikipedia : baisse du lectorat, bruit informationnel, nouvelles formes de désinformation.
  • La modération devient plus difficile face aux contenus générés et sourcés avec de faux sites internet.
  • Le renouvellement des contributeurs et des admins est un enjeu central.

Message fort : protéger Wikipedia, c’est protéger une infrastructure démocratique de la connaissance.

Parlons entretiens techniques

Ce talk très utile d’Ane Diaz De Tuesta aide les candidates et candidats en 2026 : les entretiens changent avec l’IA, mais pas dans le sens « moins exigeant ».

Ce qui évolue :

  • Savoir coder (vite) ne suffit plus.
  • L’évaluation se déplace vers la compréhension, le raisonnement, la capacité de critique et la communication.
  • Les entreprises autorisent l’usage de l’IA en entretien pour observer l’usage réel de l’outil.

Conseils qui restent solides :

  • Préparer ses fondamentaux (structures de données, algo, complexité)
  • S’entraîner en conditions réelles (timeboxé, à l’oral, sur l’outil cible)
  • Travailler l’explication des choix d’implémentation et les compromis réalisés
  • Tester incrémentalement et reformuler les hypothèses du sujet travaillé

La phrase qui résume bien : l’IA ne remplace pas la méthode, elle la rend indispensable.

No manager, no meetings, no problems… or almost

Retour intéressant de Sofia Lescano Caroll sur une organisation asynchrone et complètement transparente.

Eléments structurants :

  • Priorité à l’écrit et au public par défaut : “si ça n’est pas écrit, alors ça n’a pas existé”
  • Responsabilité distribuée, quel que soit son niveau, chaque personne est responsable de son impact
  • Présence d’un rôle de coach plutôt que hiérarchie classique
  • Meetings non interdits, mais non automatiques et mis à l’écrit par la suite

Ce que j’en retiens :

  • Ce modèle exige une forte culture de feedback, d’autonomie et de clarté écrite
  • Il présente des limites : presque exclusivement de l’écrit, surcharge informationnelle, besoin d’interactions sociales, quid des personnes dyslexiques.

Ce n’est pas un modèle universel, mais une expérience riche pour questionner nos réflexes « réunion = coordination ».

Ce que je retiens de MiXiT 2026

Si je devais garder deux priorités pour les mois à venir :

  • Garder un regard critique sur les récits IA : séparer les capacités réelles des promesses marketing et se rappeler des enjeux géo-politiques et environnementaux.
  • Concevoir une tech plus soutenable et plus inclusive : impact environnemental, représentation, communs numériques, pratiques d’équipe.

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