Quelles tendances pour l’Agilité en 2026 ?

Sommaire
- Les tendances agiles
- La fin d’un cycle ?
- Et sous l’angle de la courbe de l’adoption ?
- Quid de l’impact ?
- Mais alors, que va-t-il se passer en 2026 ?
Parler d’agilité en 2026 est digne d’un boomer pour certains, et je fais le pari que nous n’en avons pas fini avec ce terme.
Cet article est une invitation à imaginer ce que sera l’agilité dès demain. Après une année 2025 assez morose pour l’agilité. Il est vrai que nous avons vu beaucoup d’entreprises arrêter d’employer des coachs agiles, voire même déclarer et arrêter purement et simplement l’agilité. La question « Que va-t-il se passer en 2026 ? » est donc légitime.
Les tendances agiles
Regardons rétrospectivement pour observer la tendance : depuis une dizaine d’années, nous entendons, chaque année, dans différentes conférences (comme les agiles tour) que l’agilité est morte. C’est vrai que cela peut ressembler à une prophétie auto-réalisatrice. Alors qu’en est-il vraiment ?
Dans les mots qui ont vraiment marqué cette année 2025, on voit émerger la notion d’impact. Il est de plus en plus demandé, dans le contexte économique tendu, que nous traversons, de justifier le travail d’un scrum master ou d’un coach, par exemple. Quel est son ROI ? Et c’est là que le bât blesse ! Certaines entreprises terminent leur troisième transformation agile et pourtant les résultats ne semblent pas probants. Dans certains cas, on évoque même le terme de « Agile fatigue ».
Agile Fatigue ?

Où sont passées les belles promesses de l’agilité ? Nous, agilistes, avons très souvent expliqué que les bons résultats économiques sont une conséquence d’une bonne collaboration et une adaptation au contexte…
Et concrètement, comment cela se mesure ?
La fin d’un cycle ?
Depuis 2010, nous avons vu l’essor des frameworks et de l’agilité à l’échelle.
Afin de prédire l’avenir, nous n’allons pas recourir à une boule de cristal, mais à un diamant ! Alistair Cockburn a partagé un modèle, sous la forme d’un double diamant (inspiré du design thinking), pour comprendre ce phénomène.

Dans les années 90, aux débuts des méthodes de projets alternatives, où on parlait des méthodes light weight (en opposition avec les méthodes traditionnelles issues de l’industrie), différentes propositions ont émergé, comme Scrum, Extrem programming ou Crystal Clear.
Au bout de quelques années, dans la cacophonie de tous ces frameworks, une convergence s’est opérée pour aboutir au manifeste agile. Cela a permis un alignement et la diffusion de l’agilité. Puis une limite est apparue, celle de la mise à l’échelle. De nouveaux, plusieurs offres ont vu le jour comme SAFe, Nexus ou LeSS, par exemple.
La convergence s’est alors opérée sous le terme de transformation (d’organisation). De nouveau, l’offre des transformations s’est étoffée, en proposant le mode produit, XLR8 (le DevOps et toutes ses variantes), ou la gestion de portefeuille (déjà présent dans SAFe, mais rarement implémenté).
Le nouveau point de convergence serait donc celui de l’impact et se pose à présent la question de la mesure. De nouveau, des propositions émergent comme EBM, les DORA métrics et le Lean qui fait un retour sur le devant de la scène. De ce point de vue, 2026 serait-elle l’ère de la mesure, de la justification des coûts ?
Et sous l’angle de la courbe de l’adoption ?
Un autre éclairage de la situation pourrait venir de la courbe d’adoption de l’innovation qui représente la loi d’Evrett Rogers :

Si vous découvrez la courbe : elle explique qu’une innovation est d’abord captée par un petit nombre de personnes très curieuses, à l’affût des nouveautés, et qu’elle se diffuse vers la majorité à partir de certains seuils, jusqu’à atteindre les personnes les moins enclines au changement. Ce qu’on peut rapidement en retenir, c’est qu’il vaut mieux commencer par un petit nombre de personnes enthousiastes, et diffuser, par effet de levier au groupe suivant, que vouloir convertir tout le monde en même temps et dépenser une énergie disproportionnée avec les réfractaires.
Et l’agilité dans tout cela ? Où la placeriez-vous sur cette courbe ?
De mon point de vue, nous sommes dans une diffusion quasi totale dans l’informatique, et que la nouveauté n’en est plus une depuis longtemps. , nous sommes dans une phase où il est normal de rendre des comptes, la diffusion du concept d’agilité étant quasi terminé, c’est l’heure du bilan : Et maintenant, qu’est-ce que cela nous a apporté ?

Quid de l’impact ?
Quel a été l’impact de tout cela ? Avons-nous plus d’impact à présent ? Et sur ce point, je n’ai pas trouvé de réponse claire des grands gourous de l’agilité, il semblerait que les pionniers peinent à prendre la parole. Et pourtant, même si tout n’est pas parfait, qui voudrait repartir sur des projets de 18 mois (au départ), et dont la seule réponse lors des comités de pilotage est : « c’est en cours » ? Avec une seule mise en production (MEP pour les intimes), où tout le monde dit qu’on va à la catastrophe, et qui provoque un raz de marée d’incident à gérer par la suite ?
Même si l’agilité telle qu’elle est appliquée aujourd’hui en entreprise est loin d’être parfaite, elle a tout de même laissé un héritage précieux : la prise de conscience de l’importance de découper un projet pour en réduire les risques, l’adoption de démos régulières qui, avouons-le, sont plutôt sympas et rassurent au moins un peu le client et, surtout, une accélération quasi générale du rythme de livraison. Cette agilité n’est pas idéale… mais au fond, à quoi sert-elle vraiment ? La pratiquez-vous pour la beauté du concept, ou pour résoudre les problèmes complexes de vos clients ?

Robustesse ?
C’est une notion dont on entend de plus en plus parler, mais qu’y a-t-il derrière ce concept de Robustesse ? C’est la capacité d’un système à maintenir sa stabilité (à court terme) et sa viabilité (à long terme) malgré les fluctuations. Pour arriver à cela, le système n’est pas à son maximum en fonctionnement nominal, il est capable d’aller plus vite, ou plus fort, pour un temps très court, pour surmonter une crise. Cette notion vient du vivant et il y a des nuances avec le terme d’adaptation, cher à l’agilité. C’est peut-être une des évolutions que nous observerons en 2026.

Mais alors, que va-t-il se passer en 2026 ?
À ce stade, je me hasarde au pronostic que l’ère de la mesure va s’amplifier (elle a déjà démarré, avec les OKR notamment), et que l’IA ne nous sauvera pas de cela, tout au plus elle soulagera les analyses complexes de la performance des systèmes. Ces nouveaux défis, comme mesurer le ROI d’un coach agile, rebattent les cartes du jeu. Questionner le « coût à ne pas faire » peut permettre de faire émerger les réels bénéfices d’un professionnel de l’agilité.
La question qui reste essentielle dans tout cela, à mes yeux, est : quel est le problème que l’on cherche à résoudre ? Si les équipes ou les entreprises pensent se lancer, tant mieux, elles vont oser, expérimenter, se mettre en mouvement, certaines ressentiront le besoin d’un accompagnement, qui aura sans nul doute plus de valeur, et d’autres iront chercher de l’expertise pour aller un cran plus loin.
J’espère que cet éclairage vous aura, au moins, fait sourire, ou vous a aidé dans votre cheminement. Et vous, quelle tendance allez-vous observer et quel choix allez-vous faire ?
Quelques ressources pour aller plus loin
- https://youtu.be/esBo1_sDp94?si=AXEnC1AD1bRNfx6k
- https://www.abymap.fr/2023/04/27/methode-agile-explication-de-la-famille-crystal/
- https://heartofagile.com/?lang=fr
- https://wikiagile.coach/Un_guide_pour_choisir_le_bon_framework_agile_%C3%A0_l%27%C3%A9chelle
- https://labokhi.ch/fond/loi-devrett-rogers/
- https://robustesse.org/
Crédits photos :
Amina Filkins: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/fille-en-chemise-a-manches-longues-blanche-et-pantalon-orange-debout-sur-une-echelle-blanche-5560536
Anna Shvets: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/coquilles-d-oeufs-cassees-sur-fond-jaune-4045551
Photo courtesy of Gratisography
